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Il y a quelques années, lors de l’une des éditions de la nuit des musées, j’arpentais avec des amis le centre-ville de Vienne. Découvrant qu’il y avait quelque chose à voir au 19 de la Tuchlauben, nous décidâmes de nous y rendre. Nous nous retrouvâmes dans une cage d’escaliers assez étroite, nous demandant ce qui pouvait bien nous attendre à l’étage. Ayant l’impression de gêner les habitants de l’immeuble, nous hésitâmes même à faire demi-tour. Bien nous en prit de poursuivre notre chemin. Nous pénétrâmes ainsi dans une salle qui laissait apparaître sur ses murs des vestiges de fresques médiévales. L’effet de surprise mêlé au caractère exceptionnel de ces peintures murales, je passai alors je ne sais combien de temps à décrypter chacune des scènes conservées.

Ce très bel ensemble de fresques réalisées vers 1407 pour décorer alors une salle privée servant à des festivités, n’ont été découvertes qu’en 1979 lors de travaux (tiens ça me rappelle le palais Gozzo à Krems). Ce sont les plus anciennes fresques non religieuses de Vienne et ce cycle fut commandé par le marchand de draps et membre du conseil de la ville, Michel Menschein. On a cependant retenu le nom de Neidhart pour qualifier ces fresques. Il s’agit du nom d’un auteur de chansons, Neidhart von Ruental, qui fut actif à la cour de l’archiduc d’Autriche jusqu’en 1240 et était toujours très en vogue au début du XVème siècle. On retrouve les satires paysannes et les sujets érotiques qui ont fait sa renommée sur les fragments de fresques qui nous sont parvenus.

Le cycle peint suit celui des saisons. On identifie ainsi pour l’automne une scène de banquet. Pour l’hiver une bataille de boules de neige, des luges tirées par des chevaux et une bagarre devant un château.

Le printemps est plus cocasse avec une ronde, dansée, et surtout la fameuse farce de la violette, que je ne vous invite pas à reproduire ! On retrouve d’ailleurs de nombreuses illustrations de cette chanson de Neidhart. Un paysan invite des gens de la cour à sortir de leur château pour trouver la violette qui vient de pousser en ce début de printemps. Il l’avait cependant dissimulée sous ses excréments et avait caché le tout avec son chapeau. Imaginez la surprise de la belle dame soulevant ce dernier ! La fin de l’histoire n’est malheureusement plus visible, mais les spécialistes ont reconnu cette histoire avec les trois hommes guillerets qui s’échappent de leur château.

En été, les gens jouent à la balle et certains semblent s’aimer. Les spécialistes ont aussi identifié un voleur de miroir, allégorie de l’innocence disparue d’une jeune fille. Chose que l’on remarque bien avec l’homme penché sur une femme allongée dont il touche la poitrine d’une main et remonte sa robe de l’autre. Un petit oiseau est posé sur sa poitrine et l’homme porte une sorte de nid sur la tête. Il s’agit d’une illustration du verbe vögeln, terme très vulgaire en allemand, qui signifie qu’un acte sexuel est imminent.

On perçoit également quelques éléments d’architecture peints en trompe-l’œil. Il faut dire que le sol de cette salle se trouvait à l’origine un mètre vingt plus bas. L’ensemble peint était donc très vaste et mérite bien que l’on s’attarde sur les fragments qui nous en sont parvenus.

Informations pratiques

Adresse : 19 Tuchlauben (en plein centre du centre de Vienne)

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 13h et de 14h à 18h.

Tarifs : 5 € par personne et gratuit pour les moins de 19 ans. L’entrée y est gratuite tous les premiers dimanches du mois.

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