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Il y a quelques jours je m’attardai dans le wagon restaurant de mon train pour Linz. Dès qu’il s’entretenait avec une femme, le serveur lui disait au moins une fois « Sehr gerne, die Dame! ». Au bout de la cinquième fois, je réalisai que je détestais cette expression. Oui, je la détestais ! Je ne l’avais jamais appréciée en réalité, et là c’était définitif. J’en avais mal aux oreilles à force de l’entendre. Cela me faisait aussi mal au cœur car le serveur était très agréable et faisait très bien son travail, mais je n’en pouvais plus. Je bouillais d’envie de partir et demandai au serveur l’addition. « Sehr gerne, die Dame! » me rétorqua-t-il. Je me sentis maudite et commençai à me demander pourquoi cette expression m’irritait autant. Me disant que vous avez sans doute vous aussi des expressions ou des mots de langue allemande qui vous agacent, je décidai de partager avec vous cette petite réflexion, naturellement très subjective.

En français, on traduirait « Sehr gerne, die Dame! » par « très bien Madame », « bien sûr Madame », ou encore « tout de suite Madame », suivant le serveur ou la serveuse.

Ce qui est très curieux, dans cette expression serviable, c’est que j’en adore la première partie, « Sehr gerne » (avec plaisir, volontiers). C’est pour moi un marqueur fort de politesse et je trouve les termes « gern » et « gerne » très agréables à l’oreille. J’ai l’impression de sentir tout le plaisir qui incombe à son sens. Je me demande juste pourquoi certains y ajoutent « die Dame ». « Die », « la », comme si j’étais une chose ou au mieux une femme quelconque, alors que j’ai toujours eu envie d’être unique. En Autriche, on utilise d’ailleurs très souvent « der » et « die » devant les prénoms à l’oral. Par exemple, « Hast du die Christina gesehen? », qui se traduit littéralement par « Tu as vu la Christine ? ». Pour ma part, j’ai mis plusieurs mois à comprendre que cela n’était pas péjoratif, mais une façon de parler en Autriche. Jusque-là, je pensais toujours que les gens qui employaient ces déterminants le faisaient pour parler en mal des personnes citées. J’étais souvent gênée et me sens aujourd’hui bien plus à l’aise avec cet usage. Peut-être même un peu trop car je parle aussi de la sorte et n’arrive presque plus à me contrôler. C’est assez ennuyeux.

Malgré tout, je ne suis pas « die Dame » ! Je ne me considère pas comme une dame. Je me considère plutôt comme une femme magnifique, subtile, agréable et intelligente, mais il est difficile de trouver un terme autre qu’Amélise pour en percevoir l’ensemble en un seul mot. De la même façon, je n’aime pas trop que l’on m’appelle « Frau » (Madame). Pour moi, ça rime avec « froid » et comme je suis une femme magnifique, subtile, agréable et intelligente, ça a du mal à passer. En fait, j’aimerais juste que l’on me dise « Sehr gerne », comme on le dit d’ailleurs un peu plus aux hommes. Pourquoi pas « Sehr gerne » pour tout le monde ?

Si on veut insister, on peut dire « Sehr gerne, die Prinzessin! » (Volontiers Princesse). C’est quand même plus joli et plus agréable ! En attendant de voir si cette proposition s’imposera en Autriche, j’espère que cette petite histoire vous a plu et que vous m’en demanderez d’autres afin que je puisse vous répondre « Sehr gerne, die Leser! » (Volontiers les lecteurs) 😉

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3 Comments

  1. Thomas dit :

    Haha, des expressions ou des mots de langue allemande qui vous agacent ? La liste est longue 😀
    Pour n’en citer que deux :

    Sehr geehrter Herr … littéralement très honoré/honorable Monsieur …, formule par défaut utilisée dans les rapports formels ou professionnels. Un peu beaucoup trop pompeux voire hypocrite à mon goût, surtout qu’on l’utilise aussi et surtout dans les lettres au contenu déplaisant, réclamations ou créances. Les lettres que tu écris en pensant “espèce d’enfoiré profond, etc.” mais tu écris quand même “très honoré machin”.

    Et puis “mit freundlichen Grüssen” (salutations amicales) : ce n’est pas l’expression qui me déplaît en soi mais l’absence totale de son corollaire (mit UNfreundlichen Grüssen”. Si un Autrichien ou une administration autrichienne vous écrit pour vous engueuler (ce qui peut arriver assez fréquemment), il finira néanmoins toujours sa lettre par “mit freundlichen Grüssen”. S’il est vraiment agressif, il pourrait l’abréger en un rageur “mfG” et là on sait que l’on a atteint le sommet de cette animosité froide typiquement viennoise. Ne trouvez-vous pas que l’honnêteté désarmante et toute latine d’un bon gros “mit unfreundlichen Grüssen”, dans certains cas choisis, aurait une vocation des plus rafraîchissantes?

    Pour finir sur une note positive, j’aime bien les déclarations péremptoires quand elles sont suivies par “oder auch nicht”, (“ou pas”). Elles ouvrent la porte à tout un monde d’ironie bzw. de sous-entendus.

  2. Claire Schieffer dit :

    Ah tiens, je pensais que j’étais la seule à ne pas supporter d’être appelée “Die Dame” – on prend tout de suite 70 ans dans la gueule et on se croit revenue avant-guerre…

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