En rangeant mes housses de couette il y a peu, je me rendis compte que j’en avais pour de grosses couettes couvrant un lit deux places. Je me dis que si je restais en Autriche, je ne les utiliserai peut-être plus jamais et je me mis à me remémorer la première fois que je vis ces lits deux personnes sur lesquelles étaient pliés des couettes individuelles. Cela fut d’abord à l’hôtel, et je me disais seulement que c’était une habitude différente de la mienne, celle qui comme la plupart des Français consiste à se partager une grande couette, couverture ou édredon. Cela prit une tournure bien différente quand mon compagnon me demanda si l’on ne pouvait pas échanger cette grande couette contre deux petites. Mon interprétation directe de sa question : Passer de la couette commune, à la couette individuelle. Cela me fit un petit choc auquel je ne m’attendais pas car j’avais souvent dormi avec quelqu’un sans partager la même couette. Mais que cela vienne de la part de celui avec qui je pensais passer le reste de ma vie, ou du moins une bonne partie, eut un goût amer.
Bouleversement culturel
J’avais l’impression qu’il installait une distance dans notre relation, que ces couettes individuelles marquaient le début d’un éloignement. Mais est-ce qu’un si petit éloignement physique rejaillit sur la relation sentimentale ? C’est vraiment ce que je me demande depuis des années, sans l’avoir personnellement validé. Je pense en réalité, en évoquant cela, que mon compagnon bouleversait mes codes, et un peu ma culture. J’avais honnêtement l’impression de perdre quelque chose. Je trouvais aussi cela pratique et même plus confortable que nous ayons chacun notre couette, mais j’avais du mal à l’accepter. Je me demandais s’il y aurait d’autres étapes de ce genre à venir. Je n’ai encore rien vu, même si cela pourrait être « et maintenant, chacun son matelas ! ». Nous n’en sommes pas encore là, sauf dans certains lieux d’hébergement. Finalement, je m’y suis faite.
L’esthétisme de la chose
Ce à quoi je ne me fais toutefois pas, et je ne pense pas que cela changera, c’est l’aspect esthétique du lit avec ses deux couettes individuelles. Deux couettes l’une à côté de l’autre pliées en deux, comme on en a ici l’habitude, je trouve cela vraiment laid. Le lit prend des airs de lit de camp ou de couchage temporaire à mon goût. On est loin du lit traditionnel à la française avec un drap du dessus puis une couverture ou un édredon, si ce n’est les deux, ou une couette. J’avoue toutefois l’avoir abandonné, comme bon nombre de Français. Cela fut lorsque je partis à l’étranger. Néanmoins, j’y tiens toujours beaucoup lorsque je suis en France…
Bon, je garde encore les housses de grandes couettes, et même la couette, cachée quelque part. Pas facile de se séparer de certains objets.
Ces pensées que je vous livre ne sont point exagérées par l’écrit, et je serais heureuse de savoir si certains d’entre vous l’ont aussi vécu ainsi. J’espère que nous pourrons en discuter lorsque nous aurons l’occasion de nous croiser.

