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Si vous ne connaissez pas l’église des Augustins de Vienne (Augustinerkirche), je vous conseille vivement de vous y rendre. Elle se situe en plein cœur de Vienne, dans la Hofburg, et s’étale le long de la Ausgustinerstraße (prolongement de la Herrengasse) depuis la Josefplatz. Cependant, l’étroitesse de la rue à cet endroit et son entrée discrète font que l’on peut facilement passer devant sans s’en rendre compte. Il s’agit pourtant de l’ancienne église paroissiale de la Hofburg, dans laquelle de très nombreux mariages impériaux furent célébrés. On peut notamment citer ceux de nos chouchoutes Marie-Thérèse (avec François-Etienne de Lorraine) et Sissi (avec François-Joseph), mais également deux unions importantes pour l’histoire de France, celles de Marie-Antoinette avec Louis XVI et de Marie-Louise avec Napoléon, qui furent d’ailleurs faites par procuration.

Cette église abrite deux grandes curiosités, la crypte des cœurs impériaux, et ce qui nous intéresse aujourd’hui, le monument dédié à l’archiduchesse Marie-Christine, réalisé par Antonio Canova. Nous avions déjà croisé ce virtuose italien de la sculpture au musée des beaux-arts de Vienne (Kunsthistorisches Museum) lors du portrait de Brigitte. Voici son autre chef-d’œuvre présent dans la capitale autrichienne. Un monument exceptionnel pour une femme exceptionnelle ! Marie-Christine d’Autriche était la fille préférée de l’impératrice Marie-Thérèse et la seule à avoir pu faire un mariage d’amour, avec Albert de Saxe-Teschen. C’est leur collection d’art graphique, fruit d’années de travail, qui donna naissance au célèbre musée viennois l’Albertina.

Canova réalise pour son mausolée, unique en son genre dans cette église, un chef-d’œuvre de la sculpture néoclassique en marbre de Carrare. Le monument fait presque cinq mètres de haut, mais logé dans sur le mur sud de la nef, on ne le remarque pas en entrant. Les lignes parfaites et pures de la pyramide nous saisissent autant que l’ouverture centrale sans fond qui mènerait au monde des morts. Le cortège funèbre (grandeur nature) qui se déploie sur un extraordinaire tapis de marbre offre une scène à la fois tragique et calme au spectateur. Chacun des cinq personnages, hormis le vieillard, assisté par une allégorie de la charité, a la tête baissée. Une dynamique présente dans le mouvement de leurs vêtements drapés, les positions de leurs corps et les guirlandes de fleurs en fait un groupe homogène et fluide. La vertu, accompagnée de deux filles, porte une urne. Cette dernière est symbolique puisque ce monument est un cénotaphe. Marie-Christine fut inhumée comme toute la famille impériale à la crypte des Capucins, dont je vous recommande d’ailleurs la visite. Le seul élément qui évoque l’archiduchesse est le médaillon en bas-relief qui offre son portrait sur la pointe de la pyramide, soutenu par un magnifique duo sculpté en haut-relief. En face du cortège se trouvent un génie et un lion, tous deux pleurant aussi la mort de Marie-Christine. Le mouvement donné par ce groupe, imprimé dans le marbre par le bouclier et l’inclinaison des membres du génie, s’oppose à celui du cortège. Ensemble ils renforcent les lignes de la pyramide afin d’élever notre regard sur l’inscription en lettres d’or portée sur la porte : Uxori optimae Albertus (A la meilleure épouse, Albert). C’est en effet Albert qui commanda ce sublime monument à Canova. Un message simple et empli d’amour.

Le sculpteur se rendit en 1805 à Vienne afin d’assembler les différents éléments sculptés réalisés dans son atelier. Fait intéressant, il reprit un schéma très similaire pour son propre tombeau que l’on peut admirer à l’église Santa Maria Gloria dei Frari de Venise.

La prochaine fois que vous passez par la Augustinerstraße, poussez la porte de l’église des Augustins !

 

Informations pratiques

Adresse : Augustinerstraße 3, Vienne

L’église est ouverte tous les jours de 9h à 18h.

 

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