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L’an dernier, je vous parlai de la présence que je trouvais très importante de la couleur jaune en Autriche et inaugurai ainsi une série d’articles consacrés aux couleurs et motifs qui selon moi ont envahi mon champ visuel quotidien depuis que je vis à Vienne (grilles, couleur jaune, C+M+B…). Cette semaine, je souhaiterais évoquer la couleur de la passion, présente sur objets et documentations souhaitant directement promouvoir l’Autriche, le rouge !

Il est vrai qu’avec un drapeau bicolore blanc et rouge le choix des couleurs est quelque peu limité, mais cela mérite tout de même quelques considérations. En effet, depuis mon installation en Autriche, et surtout dans sa capitale, je vois rouge ! Un rouge vif, celui que l’on voit sur le drapeau autrichien.

Il provient des armes des Babenberg, famille considérée comme étant la première ayant régné sur ces terres, qui introduirent sur leurs armes ces trois bandes (rouge/argent/rouge) au XIIIème siècle. Ce choix s’accompagne d’une très belle légende remontant à la troisième croisade (1189-1192) à laquelle le duc Léopold V d’Autriche participa. Lors d’un siège il perdit sa bannière et la remplaça par sa tunique. Il avait tant combattu qu’elle fut complètement rouge de sang, sauf à l’endroit où il portait sa large ceinture, révélant un fort contraste entre le rouge et le blanc. C’est ainsi que les trois bandes horizontales rouges et blanche (ou argent) firent leur apparition sur les armes de la famille. On perçoit cette référence aux Babenberg sur les blasons de nombreuses régions et villes d’Autriche.

La Carinthie

Pour le Vorarlberg ces sortes de vieux rideaux rouges sont les armes des comtes de Montfort qui avaient autrefois la main sur la région.

L’aigle rouge du Tyrol est celui des comtes de Görz qui possédaient il y a fort longtemps la région.

Celui du Burgenland appartenait à une autre famille d’origine hongroise, les comtes de Mattersdorf-Forchtenstein.

A Vienne, elle prend une teinte plus politique. On surnomme la capitale « Vienne la rouge » depuis un siècle. La ville a en effet été gouvernée de 1918 à 1934 puis sans interruption depuis 1945 par la gauche. Mais surtout, ses dirigeants mirent en œuvre une politique très sociale, dont les fameux immeubles d’habitations à loyers modérés et modernes datant de l’entre-deux-guerres, comme ceux du Karl-Marx-Hof (19ème arrondissement), en sont un symbole. On peut également citer la VHS, institution dédiée à l’enseignement pour adultes, fortement soutenue par la municipalité.

Le rouge est ainsi choisi et décliné par de très, très nombreuses institutions et marques autrichiennes et reste vif et sanguin. En premier lieu, je noterais les transports avec comme grand champion du rouge, la compagnie aérienne Austrian, allant jusqu’à vêtir son personnel de rouge de la tête aux pieds (littéralement !).

(Merci à l’hôtesse de l’air de ce vol pour Bologne qui accepta bien gentiment de se prêter au jeu)

Ensuite je nommerais la compagnie nationale ferroviaire qui donne d’ailleurs de plus en plus de place à la couleur rouge dans les derniers wagons de voyageurs.

Je me dois bien sûr d’évoquer les transports publics de la ville de Vienne (Wienerlinien) qui fait passer du rouge à toute heure et partout dans la ville avec ses bus, trams et métros, associant aussi souvent cette couleur au jaune, une combinaison des plus visibles ! Attention les yeux !

Sur les stations de transports monuments historiques

On retrouve aussi cette combinaison dans les supermarchés Billa.

Mais aussi…

A la banque

En buvant une bière

A la pharmacie

A l’armée

Les lignes du quotidien

 

Quand il neige

Sur des interdictions et règles d’usage

A la boulangerie

Au téléphone

Sur les vélos en libre-service de Vienne

Chez le marchand de tabac et de journaux

Pour les jeux de loterie

Sur les distributeurs de journaux gratuits de piètre qualité

Sur le stylo avec lequel j’ai écrit cet article

Sur des immeubles

Alors est-ce que vous aussi vous voyez rouge ?

 

Bibilographie : Pour ceux d’entre vous qui s’intéressent également aux couleurs, je ne peux que vous conseiller les ouvrages de l’historien Michel Pastoureau qui les a analysées à travers les siècles. Une bonne introduction à son travail est son Petit Livre des couleurs conçu avec Dominique Simmonet et publié en 2005.

 

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