Lilas rouge, roman remarquable de Reinhard Kaiser-Mühlecker

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Je souhaite partager avec vous une de mes dernières lectures, celle d’un écrivain autrichien qui reçut de nombreux prix littéraires* et va bientôt célébrer ses 40 ans, Reinhard Kaiser-Mühlecker. Il s’agit du roman Lilas rouge, le seul de l’auteur traduit en français à ce jour, et magnifiquement traduit d’ailleurs, par Olivier Le Lay. Etant donnée la richesse de vocabulaire, notamment dans ses descriptions de la vie à la ferme autrefois, je pense qu’il m’aurait été très difficile de le lire en allemand. Il me semble d’ailleurs vraiment épineux de le lire dans une autre langue que sa propre langue maternelle.

Reinhard Kaiser-Mühlecker n’est pas seulement écrivain, il est aussi agriculteur. Et c’est de ce monde dont il parle dans ses romans, s’en faisant même, comme il le répète souvent lors d’interviews, un devoir, car c’est selon lui un mode auquel peu de gens s’intéressent. On se plonge littéralement dans les émotions et les couleurs avec lesquelles il dépeint le monde agricole, loin de ces statistiques et études froides qui nous font régulièrement nous poser dessus sans le pénétrer. Bien sûr je ne suis point objective car j’ai moi aussi grandi dans ce monde. Je trouve toutefois qu’il s’agit de l’un des portraits les plus beaux et profonds que j’ai pu lire de cet attachement au travail, de ce rapport à la terre et des questions de transmission qu’elles soulèvent.

Dans Lilas rouge, on suit un fermier qui s’installe dans une ferme après avoir été poussé à quitter la sienne, et surtout à quitter son village. Cela a lieu en pleine Seconde Guerre mondiale en Haute-Autriche, alors partie du Reich allemand, et la narration se termine en 1995, alors que l’Autriche vient d’entrer dans l’Union Européenne. On suit ainsi cette famille sur quatre générations. Ce sont véritablement les rapports entre les êtres qui font toute la richesse de cette histoire, emprunts de non-dits, avec en fond l’évolution du monde agricole et de la société.

« Chacun portait ses propres lunettes et voyait le monde à travers elles. »

Ces non-dits constituent en quelque sorte la base du roman, empruntée à la vie personnelle de Reinhard Kaiser-Mühlecker, dont l’arrière-grand-père échangea sa ferme contre une bien plus petite au milieu de la guerre. Malgré de nombreuses recherches, il ne sait toujours pas pourquoi, et cela constitue le point de départ de Lilas rouge.

« L’autre responsable, la guerre, il ne fut même pas nécessaire de lui donner congé : elle s’en était allée comme elle était venue, de façon aussi illogique et impénétrable. »

Ma seule déception à la lecture de ce livre, si l’on peut vraiment parler de déception, fut le sentiment à la fin de rester sur ma fin puisqu’elle me paraissait d’ailleurs complètement absente, comme si un chapitre manquait. J’apprenais cependant juste après que Lilas rouge avait une suite, Lilas noir, qui fut publiée deux ans plus tard et qui fait actuellement l’objet d’une traduction en français. Hâte de la lire !

« nul hormis lui ne pouvait se targuer de posséder des machines flambant neuves. Chacun le ressentit comme une attaque personnelle, sinon un affront. On se crut traité de bas en haut. La seule chose que l’on pût faire en retour fut de témoigner du mépris à l’égard des Goldberger. On se remit en outre à voir en eux, si toutefois ce sentiment ne s’était jamais dissipé, des nouveaux venus, des étrangers. Ce ne fut pas le fruit d’une réflexion – on le fit par instinct. »

 

Reinhard Kaiser-Mühlecker, Lilas rouge, Paris, éditions Verdier, 2021, traduction de Olivier Le Lay.

Publié pour la première fois en allemand en 2012 sous le titre Roter Flieder chez Hoffmann und Campe Verlag (Hambourg).

*Il faisait notamment partie des finalistes du prix du livre allemand (Deutscher Buchpreis, la consécration pour un écrivain de langue allemande) en 2016 avec son roman Fremde Seele, dunkler Wald.



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