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Un vagin et un pénis en façade (2ème épisode à la cathédrale de Vienne)

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Un vagin et un pénis sur la façade ouest de la cathédrale Saint-Etienne de Vienne ! Il me fallut vraiment les voir pour le croire. Et cela après déjà quelques années passées à Vienne. On parle peu de cette curiosité, ou plutôt de cette rareté. Quand on m’en avait parlé, je m’étais attendu à découvrir quelques gravures illégales faites dans les blocs de pierre de l’édifice, mais non ! Il s’agit de sculptures assez conséquentes, montées sur des double-colonnes, encadrant le portail d’entrée.

Ces sculptures sont bien visibles et ont été réalisées pour la cathédrale. Et même lors de sa première construction, enfin la deuxième phase de celle-ci, vers 1240, puisque l’on commençait toujours par le chœur. Le style architectural était alors le roman tardif, et c’est vrai que dès qu’on lève le nez, on remarque que la façade est bien sobre, loin des cathédrales gothiques à la française. Ces parties génitales en pierre font donc partie des éléments de décor les plus anciens de la cathédrale.

Mais que font là ces représentations anatomiques des sexes de la femme et de l’homme ? Sont-ils là pour nous dire par quelle porte entrer dans la cathédrale ? A droite, côté sud, pour les femmes, et à gauche, côté nord, pour les hommes ? On retrouva un temps cette séparation des sexes à l’intérieur des églises lors des offices. Les femmes se tenaient à droite de l’allée centrale, et les hommes à gauche, mais cela eut lieu bien plus tard. Une forme cependant toujours présente est celle de la manière dont les couples se positionnent devant l’autel lors de leur cérémonie de mariage.

Le vagin et le pénis, même si peu stylisés, sont des symboles du culte de la fécondité, très probablement le plus ancien culte de l’humanité. Il se trouve même que l’emplacement de la cathédrale était celui d’un sanctuaire celte, puis d’un sanctuaire romain. On sait que le sanctuaire romain était dédié aux cultes de la fécondité, et on peut se douter qu’il en était de même pour le sanctuaire celte, puisque les Romains les réhabilitaient en gardant une partie de leurs cultes. Des pratiques et des symboles qui auraient ainsi au moins survécus jusqu’au XIIIème siècle. On appelle d’ailleurs les deux tours qui surmontent la façade les tours païennes (Heidentürme en allemand). Pensez bien que si on représentait ces symboles sur la cathédrale, et en ces places de choix, c’est qu’ils parlaient au plus grand nombre (pas seulement pour plaisanter comme aujourd’hui 😉). Des horloges furent plus tard percées au-dessus de chacun d’eux et tentent de leur faire de l’ombre, mais elles ne sont même pas alignées avec les double-colonnes 😉

Pour ma part, je n’avais jamais vu de telles sculptures sur une église chrétienne, et n’en connais d’ailleurs aucun autre exemple. Des symboles pourtant d’éternité pour le genre humain !

P.S. : Profitez de ces moments post confinement pour arpenter les lieux touristiques. Je ne cesse de découvrir des choses devant lesquelles j’étais passé mille fois (de quoi nourrir encore nombre d’articles à venir).

Le premier épisode à la cathédrale est bien sûr toujours disponible sur le blog : Une poignée qui sauve

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