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Le week-end dernier, je retournai à Innsbruck. La dernière fois que j’y étais allée, c’était pour rendre visite à ma tandem, la super Steffi, avec qui j’avais commencé à apprendre l’allemand à Vienne. Ce qui m’avait alors marquée à Innsbruck, c’étaient son cœur médiéval, ses stations de funiculaire créées par Zaha Hadid, ses montagnes, son accent et son dialecte. Cette fois-ci, j’y ajouterais le spectaculaire tombeau de l’empereur Maximilien Ier (1459-1519). Vous verrez que le qualificatif de spectaculaire lui convient parfaitement puisqu’il a été en partie conçu pour un spectacle, celui de ses funérailles.

Avant de s’attarder sur ce monument exceptionnel, quelques mots sur son commanditaire. Maximilien Ier régnait sur le Saint-Empire-romain-germanique, dont l’archiduché d’Autriche, un des nombreux Etats dont il avait hérité, faisait partie. C’est sous son règne que la Renaissance pénétra au Nord des Alpes. Il en est l’un des représentants majeurs. L’un de ses petits-enfants et son successeur sur le trône de l’Empire ne fut autre que Charles Quint ! Vous savez, le grand adversaire de François Ier ! Et surtout, il fut marié à Marie de Bourgogne, héritière du magnifique et très puissant duché de Bourgogne !

Revenons à ce fameux tombeau. Il se trouve dans la Hofkirche, l’église de la Hofburg (palais impérial) d’Innsbruck, construite pour l’occasion. Le tombeau occupe en effet presque toute la nef avec sa haie d’honneur de 28 statues. Et dire que Maximilien en avait prévu 40 ! Oui ! C’est Maximilien qui imagina son propre tombeau, mais il mourut avant que l’ensemble ne soit achevé.

Dans ce cortège funèbre, on ne trouve pas n’importe qui. L’empereur a voulu se faire accompagner dans la mort par ceux qu’il considérait comme ses ancêtres. Ceux-ci témoignent surtout des envies de conquêtes ou de reconquêtes de Maximilien, ainsi que du très haut rang auquel il prétendait. On retrouve ainsi le roi Arthur, Godefroi de Bouillon, et même Clovis ! Autant dire qu’il avait de la chance que les études en génétique n’existaient pas encore. Ces personnages sculptés permettent en tout cas d’apprécier la mode vestimentaire de l’époque pour les hommes et pour les femmes (il y en a huit !).

Vous remarquerez d’ailleurs pour sûr l’accoutrement de l’empereur Rodolphe Ier, dont l’un des attributs brille ostensiblement.

Sa brague, ancêtre de la braguette, est en effet proéminente, et il semblerait que de nombreux visiteurs aiment s’attarder manuellement sur sa forme. Un homme en armure pouvait en effet recevoir une protection supplémentaire également en métal pour son sexe. Cet élément, comme nombre de détails d’armures, entra dans la mode vestimentaire. Les nobles aimaient ainsi souligner leur membre viril, et on fabriquait des braguettes bien plus grandes que nécessaires pour impressionner et parfois y cacher sa bourse (les vêtements ne portaient pas encore de poches). Regardez les portraits masculins des XVème et XVIème siècle de plus près 😉.

L’exécution de certaines statues est un peu grossière, mais deux d’entre elles, celles du roi Arthur et de Théodoric le Grand, furent dessinées par le maître Dürer en personne ! Le tombeau comprend aussi de magnifiques reliefs en albâtre, quelque peu difficiles à voir derrière les exceptionnelles grilles ouvragées qui l’entourent. Grand luxe !

Dans une chapelle attenante et située à l’étage, la chapelle d’Argent, on découvre un magnifique autel dont la Vierge est priée par un chevalier qui semble s’être élevée par la prière ! (Je n’avais encore jamais vu ce genre de construction.)

Un orgue tout en bois l’accompagne, tout comme les tombeaux de l’archiduc Ferdinand II et de sa seconde épouse, Philippine Welser. Cette dernière n’était d’ailleurs pas noble. Un point à souligner car ce genre d’union était très peu fréquente au XVIème siècle.

La Hofkirche renferme quelques autres tombeaux, dont celui du plus célèbre des Tyroliens, Andreas Hofer.

Cet aubergiste avait pris la tête de la révolte contre les Bavarois, qui au nom de Napoléon (et pour leur extension territoriale), cherchaient à conquérir le Tyrol. La forte résistance tyrolienne le mena à gouverner sa province pendant neuf semaines ! Il finit cependant par être fusillé le 20 février 1810 à Mantoue par les troupes napoléoniennes. Ce fut la naissance d’un martyr pour le Tyrol. Un voile de tissu noir pend sur son drapeau, symbole du deuil de la perte du Tyrol du Sud au profit de l’Italie en 1919. Serait-on dans un panthéon du Tyrol ? Dans un monument exprimant son nationalisme ? En tout cas, en plus des découvertes esthétiques qu’offre cette église, on profite d’un aperçu de l’histoire tyrolienne.

Encore une petite précision au sujet de l’immense tombeau de Maximilien Ier, il est vide. Oui ! Vide ! Son corps repose au château de Wiener Neustadt, dans le sud de Vienne, comme il l’avait souhaité. Faites le tour du cloître que l’on traverse pour entrer dans la Hofkirche, vous accéderez derrière l’une des portes à une présentation-spectacle dédiée à Maximilien Ier. Elle ne dure pas très longtemps et est une introduction ludique à sa personne. On peut la lancer toutes les sept minutes, et même en français !

Un dernier élément auquel penser, une visite guidée d’une quarantaine de minutes est disponible sur l’application mobile du musée. Vous pouvez la télécharger ou demander un appareil en achetant votre ticket. N’oubliez pas parce que le personnel ne le propose pas.

Bonne visite !

 

Informations pratiques

Où ? 2 Universitätsstraβe à Innsbruck.

Quand ? Tous les jours de 9h à 17h (les dimanches et jours fériés à partir de 12h30).

Il en coûte ? 7 € par personne. La visite est gratuite pour les moins de 19 ans et des billets jumelés avec d’autres musées de la ville sont proposés. Si vous avez le temps, visitez le musée des arts et traditions populaires attenant, très intéressant !

Les informations sont disponibles en allemand et en anglais mais une application mobile à télécharger ou à emprunter sur un appareil gratuitement est disponible en français et offre une visite guidée des lieux de 40 minutes.

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