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La première fois que je me rendis au trésor impérial de la Hofburg de Vienne, c’était pour y admirer les objets bourguignons exceptionnels qu’il renferme. J’ignorais cependant que j’allais tomber nez à nez avec le berceau de l’Aiglon, fils de Napoléon Ier.

Napoléon et l’Autriche, une relation brève et incroyable,passant de guerres sanglantes à un époustouflant mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, fille de l’empereur François Ier.  Le 20 mars 1811, un an après leur mariage,naît leur fils, Napoléon François Joseph Charles, sacré dès sa naissance roi de Rome par son père, et surnommé l’Aiglon, en référence à son père, par le peuple français. Le peuple attendait cette naissance avec impatience, et on raconte que l’euphorie et la fête, notamment à Paris, n’étaient pas très éloignées de celles d’une victoire de l’équipe de France de football lors d’une coupe du monde ! L’héritier tant attendu devait donc évoluer dans un environnement à la hauteur des espoirs que plaçaient en lui son père et ses sujets. C’est ainsi que fut offert à sa mère Marie-Louise, deux semaines avant sa naissance,cet incroyable berceau, par le préfet du département de la Seine (Paris et alentours), Nicolas Frochot, et le conseil municipal de Paris. Cela bien sûr sur les deniers du peuple parisien.

Un berceau digne d’un trône, et qui en avait d’ailleurs l’utilité. Il fut placé aux Tuileries, alors demeure impériale de Napoléon à Paris, sur une estrade et sous un baldaquin. C’est dans ce berceau que l’Aiglon fut présenté, le jour de sa naissance ! N’imaginez cependant pas le nouveau-né passer ses journées dans de telles circonstances. Cette mise en scène était réservée pour certaines cérémonies.

Penchons-nous un peu plus sur ce berceau. Pour sa conception, la ville de Paris ne lésine pas sur les moyens. Elle fait appel au célèbre peintre d’alors, Pierre Paul Prud’hon (originaire de Bourgogne !), pour les dessins, et confie la réalisation au sculpteur Victor Roguier et aux bronziers Odiot et Thomire, eux aussi très en vogue à l’époque. Ce berceau est en effet en argent doré, et nécessita l’emploi de plus de 280 kg d’argent (on n’a vraiment pas fait les choses à moitié). Il est tapissé de velours pourpre à l’intérieur, couleur impériale, et se ferme par des rideaux de soie. Les éléments décoratifs ne sont que des symboles. Au cas où nous ne serions pas certains de l’identité de l’occupant du berceau, un petit aigle s’est posé sur son bord et le surveille directement, symbole de l’Aiglon et référence à son père. L’enfant ayant un grand destin à accomplir, son berceau est porté par des cornes d’abondance, devant lesquelles s’appuient d’un côté un ange personnifiant la force, et de l’autre un ange personnifiant la justice, afin qu’il soit prêt à monter un jour sur le trône de l’empire. En plus de cela, une déesse de la victoire couronne le berceau de lauriers, qui rappellent la couronne impériale, et d’étoiles, dont la plus grande porte un N, pour Napoléon. Couronnes que l’on retrouve dans la tête du berceau. Le pourtour du lit est également décoré d’abeilles, symbole napoléonien emprunté à Childéric Ier, roi des Francs et père de Clovis, quant à lui considéré comme le premier roi de France. Parmi cet essaim, on trouve d’un côté un petit bas-relief représentant la louve de Rome, allusion au titre du nouveau-né. De l’autre côté, on en trouve un représentant la déesse de la Seine, afin de ne pas oublier qui offrit ce somptueux mobilier. Rome et Paris constituaient alors aussi les deux villes éblouissantes de l’empire.

Mais comment ce berceau est-il arrivé à Vienne ?

Lorsque Napoléon dut s’exiler en 1814, Marie-Louise décida de rentrer à Vienne chez sa famille et emmena le berceau avec elle. L’Aiglon passa ainsi sa vie dans la capitale de l’empire autrichien. Quand il mourut de la tuberculose, à l’âge de 21 ans seulement, le berceau fit son entrée dans les collections du trésor impérial pour ne plus jamais le quitter.

Notez que l’Aiglon eut aussi d’autres berceaux lorsqu’il était petit, plus légers et un peu moins pompeux !

J’espère que cet article vous donnera envie de visiter ou de revisiter le trésor impérial de Vienne !

Informations pratiques

Adresse : Hofburg (Schweizerhof), Vienne

Horaires d’ouverture : De 9h à 17h30 tous les jours sauf le mardi.  

Tarifs : 12 € par personne. Gratuit pour les moins de 19 ans. Je vous conseille d’acquérir la carte annuelle du musée (44 €), qui permet de se rendre dans d’autres institutions comme par exemple le musée d’histoire de l’art (KHM), le château d’Ambras et le musée du théâtre

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