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Cette semaine, la suite de mes plus belles sorties du confinement. Après la Thaliastraße, on tombe sur la Gallitzinstraße ! Cette rue termine ce grand axe de circulation qui débute juste au-dessus du Ring avec la Lerchenfelderstraße et ensuite la Thaliastraße. Un axe qui prend un tout autre visage. Au niveau de sa couleur, verte, rapport à son abondance d’arbres, d’étendues d’herbes le long de la rue, et de jardins. On sent la forêt viennoise qui arrive. Autre visage aussi au niveau de son relief. Ça grimpe ! Et plus ça grimpe, plus ça grimpe ! Finie la balade tranquille, place à la balade sportive. Une balade qui vous veut du bien.

Première surprise en arrivant en bas de la Gallitzinstraße, le calme. Ah que c’est calme, quelques mètres après toute l’agitation de la Thaliastraße. Il faut dire que l’on commence l’ascension au niveau d’une villa qui semble abandonnée, d’une maison de retraite et d’un cimetière. D’ailleurs, les seuls commerces de la rue sont le stand à saucisses qui se trouve devant la villa, quelques vendeurs de pierres tombales et de nombreux fleuristes et pépiniéristes. Activités en rapport bien sûr avec le cimetière. Ils se trouvent d’ailleurs tous en bas de la rue. Ensuite ce sont maisons, petits immeubles et villas. Une cité dortoir bucolique, pas du tout tape-à-l’œil, et où les différentes habitations se mêlent très bien à leur environnement, malgré parfois de grandes différences de styles. On s’y sent très vite chez soi.

Reprenons depuis le numéro 1 de la rue, la villa. Elle est toujours en activité, malgré des restaurations qui pourraient se faire attendre. Elle fut construite en 1907 pour faire partie d’un très grand restaurant, la Gasthaus Bockkeller. Elle pouvait accueillir jusqu’à 2000 personnes (en comptant les places dans le jardin). Sa présence rappelle bien l’époque durant laquelle, avant la Première Guerre mondiale, un nombre impressionnant de Viennois venaient se balader le dimanche sur les hauteurs de la ville pour prendre l’air, manger, boire, et danser. La villa est aujourd’hui le siège de l’association Wiener Volksliedwerk, qui promeut la musique folklorique viennoise en y organisant notamment des concerts. En face la maison de retraite, choc esthétique de béton, bitume et grilles.

Allez, on monte ! On longe le cimetière. Son entrée principale, avec ses fleuristes et sa chapelle néoclassique. Ce cimetière a bien sûr été agrandi, mais les sources les plus anciennes évoquant un cimetière à cet endroit remontent à 1230.  Plus haut, on passe devant une autre entrée, flanquée d’un distributeur à bougies pour les tombes (curiosité locale).

De l’autre côté de la rue, on tombe rapidement sur une énigme. Ce bâtiment, avec de nombreuses sonnettes au niveau de son portail. Un crématorium ? Une église originale ? Une villa avant-gardiste ?

Eh bien non, un réservoir d’eau ! Derrière un petit parc avec de petits immeubles aux appartements un peu luxueux, nouveau visage du quartier (mais qui se répand quand même peu par rapport à d’autres quartiers vous verrez). Et juste à côté, une Kleingartenverein, une copropriété de jardins.

Attention, au numéro 22, la vue se dégage et on voit les vignes d’Ottakring ! Et n’oubliez pas, qui dit vignes, dit Heuriger et Buschenschank. Il y en a 8 dans l’arrondissement.

On continue et on arrive sur une petite place qui semble nous attendre, ou plutôt une aire de repos, la Katharinenruhe. On peut en effet s’y asseoir à l’ombre. Les hommes peuvent aussi profiter d’un magnifique pissoir. Les femmes et les enfants se débrouillent 😊. La construction de cette jolie aire de repos remonte à 1886 et à la décision du maire d’alors, Ignaz von Kuffner, propriétaire de la brasserie Ottakringer. Il décida de la baptiser Katharinenruhe en hommage à sa fille Katharina (aujourd’hui je pense que cela ferait scandale…).

Juste derrière s’étend un grand ensemble d’immeubles dont les loyers ou prêts à l’achat bénéficient d’une aide de l’État (une fameuse Genossenschaft). Celle-ci est tout simplement baptisée « Heim » (le foyer, maison, pays ou localité). Il prend ici un sens historique puisqu’il fut inauguré en 1956, année suivant le rétablissement de la République autrichienne. Ce grand moment historique est célébré sur sa façade, avec une plaque commémorative et une fresque en céramique représentant la mère de l’Autriche (tout simplement la Vierge Marie) parmi blasons et monuments qui représentent chacun un Land du pays. A vous de jouer !

A côté une place, la Lugmayerplatz. Une place en l’honneur d’un homme politique, Karl Lugmayer. C’est vrai que l’on n’avait pas vu de places et bâtiments dédiés à des femmes et hommes politiques depuis un certain temps. Karl Lugmayer ne semble pas avoir hérité de la plus belle. Il s’agit plutôt d’un croisement de rue, de surcroît envahi par les mauvaises herbes. Il faut dire que cet homme ne faisait pas partie du parti socialiste, dominant à Ottakring depuis toujours, mais fut l’un des membres fondateurs du parti conservateur autrichien, l’ÖVP. Il fut très actif dans le domaine de l’enseignement pour adultes dans l’entre-deux-guerres, notamment en fondant une Volkshochschule juive. Il fit également partie de la Résistance autrichienne face aux nazis.

On poursuit notre ascension et on ne manque pas sur la droite, au croisement avec la Wanriglgasse, de jeter un coup d’œil au château d’Ottakring, le Schloss Wilhelminenberg.

Puis sur la gauche, de nouveau une énigme, une curieuse construction sortant de terre, au milieu d’un parc bien entretenu et de cheminées sortant de la butte… Et de nouveau un réservoir d’eau ! Bien plus grand et bien plus imposant que le précédent.

Enfin sur la gauche, une villa qui sort de l’ordinaire, la villa Novak, construite en 1886, et qui n’est rien moins qu’une réplique (plus petite) de Miramare, célèbre château situé à côté de Trieste, en Italie, grand port de l’Empire au XIXème siècle. Miramare fut construit par l’archiduc Maximilien, frère de l’empereur François-Joseph. Une villa d’Ottakring qui se veut donc impériale.

Et puis c’est déjà la fin. Elle ressemble d’ailleurs à un cul-de-sac, donnant sur un Kindergarten à l’allure de caserne de pompiers où on aimerait tous mettre nos enfants. Toutefois, une petite rue, la Vogeltenngasse, nous mène en forêt !

Avant de poursuivre son chemin, il faut bien penser à se retourner ou à redescendre la rue pour profiter de l’incroyable vue qu’elle offre sur Vienne entre ses maisons et ses arbres. On y voit d’ailleurs très bien les petites Carpates qui se trouvent en Slovaquie.

Mais pourquoi cette rue s’appelle-t-elle la Gallitzinstraße ? Elle a été baptisée ainsi à la fin du XIXème siècle en hommage au prince Demetrius Gallitzin (1721-1793), qui avait hérité d’une immense surface de terres et de bois du comte Lacy, dont cette colline faisait partie. Colline qui porte elle aussi son nom, le Gallitzinberg. Il y avait fait construire son château, à l’emplacement de l’actuel Schloss Wilhelminenberg. C’était en quelque sorte le prince d’Ottakring.

La Gallitzinstraße fait près d’1,3 km. Elle possède 103 adresses, et parmi ses infrastructures, en plus des deux réservoirs d’eau, il faut noter la présence de deux cabines téléphoniques, et d’une ligne de bus qui remonte la rue jusqu’à mi-hauteur, le 45A, dont le terminus se trouve à la station de métro et de train urbain Ottakring (U3 et S45).

En vous souhaitant une excellente balade !

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